Fender a voici quelques mois lancé une ligne de ukulélés ténors ; étiquetée de noms hawaiiens, la gamme se décline avec le Hau’oli, en contreplaqué d’acajou, le Nohea, en contreplaqué de koa, et enfin le Pa’ina en acajou massif et electrifié. Ce sont ces deux derniers modèles (koa et acajou massif) que Fender France a eu la gentillesse de nous prêter pour les tester ainsi que vous pouvez le voir dans la video ci-dessus, dans l’article ci-dessous (lire la suite) et dans la galerie de photos mise en ligne pour l’occasion.

Avant propos

Avant toute chose, Cyril LeFebvre nous rappelle un point historique d’importance sur la marque fender : quand Leo Fender a commencé à fabriquer des amplis qui devaient répondre aux besoins des musiciens de surf music californiens : son dans la réverb et puissance des concerts en plein air sur les plages devant des milliers de spectateurs, il a collaboré avec un spécialiste : Dick Dale, inventeur du genre. Quand le même Leo Fender a commencé la fabrication de steels guitars, il a engagé le musicien hawaiien Freddie Tavares …. Hélàs, dans le cas des ukulélés, point de grand nom du ukulélé pour l’élaboration de l’instrument, ce qu’on peut regretter en imaginant le résultat ; toutefois d’après l’interview publié par Al Wood sur Ukulelehunt, les gens de Fender se sont entichés du petit instrument, et peut-être faut-il y voir un coup d’essai dans l’entrée de gamme avant de futurs développements plus ambitieux. On ne peut que le souhaiter.

Avant de détailler plus avant rappelons quelques points factuels : les instruments et leurs housses sont fabriqués en Indonésie, avant d’être contrôlés et conditionnés aux États-Unis (d’après l’interview citée plus haut) ; le prix du Nohea (koa contreplaqué) annoncé à 300$ va en vérité de 200$ à 245€, celui du Pa’ina (acajou massif) annoncé à 400$, de 299$ à 289€ – on est donc dans une gamme de prix relativement modérée pour des ténors, ce qui place ces ukulélés sur un créneau moyennement fréquenté dans l’offre existante.

Première agréable surprise, les étuis souples sont assez réussis : simples et assez élégants, avec une poche bien coupée (c’est-à-dire utilisable avec vraiment de la place, pas juste une fermeture éclair sur la doublure), suffisamment molletonnés pour protéger les instruments. Dans la gamme de prix, on ne s’attend pas à trouver un étui solide (à part peut-être pour le Pa’ina si il était vendu au prix annoncé par le fabricant, ce qui n’est pas le cas) donc pas de déception avec les housses. Le logo Fender qui y est brodé présente des petites vagues latérales qu’on retrouve sur les têtes des instruments. Pas de bretelles sur ces étuis souples, le côté pratique a été sacrifié à l’élégance.

Le Pa’ina, en acajou massif.

fender ukulele paina

Au sortir de sa housse, le Pa’ina (la fête) malgré son nom offre de prime abord une certaine impression d’austérité. Le bois d’un brun sombre contraste assez brutalement avec les incrustations blanches et d’abalone autour de la rosace. Hormis cette rosace, le logo et les discrets mais élégants repères de touche, point d’ornementation. Le palissandre de la touche participe lui aussi à cette sombre tonalité. L’acajou tire nettement vers le rouge.

La tête type Fender ne choque pas outre mesure, habitués qu’on est à l’avoir déjà vu citée sur pas mal de ukulélés, ceux du talentueux Joel Eckhaus qui la cite sur plusieurs modèles, chez G-String également (modèle James Hill), dans les répliques ukulélesques de guitares Telecaster chez K-Waves et Mahalo. Force est de constater que ces mécaniques sont très appréciables pour s’accorder rapidement, surtout sur un instrument neuf dont les cordes ne sont pas stabilisées.

Un chevalet en palissandre à fentes pour coincer les nœuds des cordes, et non pas un chevalet type guitare classique où l’on passe la corde dans un trou. Il y a des angles où le vernis satiné ne rend pas vraiment justice à l’acajou.

En faisant le tour, on peut voir la prise jack qui fait aussi éventuellement office de bouton de sangle.

L’acajou utilisé a un meilleur rendu sur les éclisses que sur la table et le fond.

Détail plus technique maintenant, les dix-neufs cases de la touche (en palissandre), quatorze cases hors caisse, elles s’avèrent juste et très bien réglées, avec une action très confortable. Les repères sont ceux d’un ukulélé, cinquième, septième, dixième et douzième cases, additionné d’un repère à la quinzième case, après la jonction du manche et de la caisse.

Vue latérale ou supérieure du manche, on voit le profil, confortable, et les repères repris sur la tranche de la touche, avec un double point à la douzième, d’une bonne taille, discrets mais lisibles.

Enfin, le détail de la rosace, où l’on comparera la teinte blanche à celle des incrustations du Nohea en Koa. Ici sur le Pa’ina le blanc est très net, l’abalone bien colorée (voir la galerie de photos pour plus de détails), ce qui on l’a vu plus haut contraste fortement avec la teinte globale sombre du reste de l’instrument. On aperçoit également sur ce cliché l’étiquette façon vintage, avec les indispensables vahiné et palmier. On a apprécié ce clin d’œil à l’exotisme hawaiien.

Ce qu’on n’entend pas dans les photos…

NB : Notons vite fait que nous n’avons testé ces instruments qu’avec les cordes GHS d’origine, en ayant la forte présomption que des cordes différentes leur feraient beaucoup de bien, et si l’occasion se présente de les tester avec des Worth, des Aquila, des Savarez ou autres cordes intégralement nylon qu’on utilise plus volontiers, nous ne manquerons pas d’en causer.

Passées ces considérations principalement esthétiques et visuelles, parlons musique, parlons un peu du son de la bête.

Il est clairement plutôt brillant, avec des attaques très sensibles. Pas un monstre de puissance ni de projection, mais une assez bonne définition. Après l’avoir soumis quelques jours à une utilisation un peu intensive, certaines qualités se sont développées, notamment un sustain un peu meilleur, même si ce n’est pas le point fort de l’instrument.

Sur scène, la projection un peu modérée le rend un peu difficile à sonoriser, la sonorisation des ukulélés étant de manière générale assez délicate. Pour une utilisation scénique on utilisera aussi de toutes façons le système de capteur intégré sous le sillet.

Une fois amplifié, le capteur remplit très bien son boulot, dans la video ci-dessus il est branché directement sur un gros ampli marshal sans pré-ampli, du coup forcément les attaques claquent, sur un miro-cube roland, il s’en sort très bien une fois le son un peu réglé. Le capteur sous le sillet assure un bon gain, bien plus important qu’un capteur collé sur la table.

Petit bémol, nous avons pu constater de temps en temps un buzz généré par le fil du capteur ou un élément de la prise. Un défaut qu’on espère rare mais qu’il faut craindre avec n’importe quel instrument amplifié par ce système ; il est d’autant plus regrettable que par ailleurs le réglage de l’instrument est vraiment au poil, une bonne action et une justesse redoutable.

Conclusion sur le Pa’ina

À moins de 300 euros, on se trouve face à un ténor quand même respectable, à considérer surtout si l’on compte utiliser le capteur sous sillet intégré.

Le choix du nom laisse un peu dubitatif, tant il exhale plutôt le sérieux que la fête, on l’aurait plutôt appelé Kūo’o (solonnel) que Pa’ina.

Par rapport à l’objectif annoncé par Fender dans l’interview sur ukulelehunt citée plus haut, c’est à dire à peu de choses près créer un ukulélé abordable, facile à utiliser et à accorder, qui ne déçoive le débutant, jouable il l’est, joli c’est une question de goût, en tout cas il est épuré, et pour un débutant il ne devrait pas décevoir (heureusement car il faut quand même compter près de 300€). La marque connue qui rassurera les néophytes sera à n’en pas douter un atout pour ce ukulélé. Les ukulélistes plus confirmés, si ils en apprécieront la jouabilité, regretteront d’une part sa projection un peu limitée et d’autre part de se retrouver face à un tenor qui se démarque peu des offres concurrentes dans la gamme de prix dans laquelle il est proposé – mais espérons que cette première fournée n’est que le prémisse de nouveaux développements plus ambitieux dans le domaine du ukulélé pour Fender.

Nohea, le koa (plaqué)

Avec le Nohea, on se retrouve face à un instrument fortement ressemblant dans les formes mais radicalement différent dans les finitions. Son Koa quoique plaqué est rutilant, fort figuré, et ses filets d’une couleur vieillie, composés aussi de pas mal d’abalone, sont d’une redoutable efficacité esthétique.

Sur cet autre cliché on voit une couleur plus proche de l’impression réelle que donne le ukulélé, mais on constate aussi qu’il s’en sort très bien quelques soient les conditions de lumière.

La tête est semblable au Pa’ina, on ne s’étendra pas donc plus dessus, ni sur l’intérêt des mécaniques, par contre on se rend compte que le placage de koa de la tête et le vernis brillant lui donne une apparence beaucoup plus séduisante, et met beaucoup plus en valeur le décalcomanie du logo.

Ici le profil du manche, quatorze cases hors-caisse lui aussi, des repères de touches latéraux noir qui se détachent fort bien sur le filet blanc de la touche en palissandre. L’action sur le Nohea que nous avons testé est sensiblement plus haute que sur le Pa’ina, sans que cela nuise fondamentalement au confort de jeu on ressent une différence de vitesse et d’aisance dans les cases aiguës.

Chevalet en palissandre identique à celui du modèle acajou, le vernis brillant est aussi plus agréable à l’œil sur le koa de la table, soulignant les reliefs du bois.

Richement décoré, les filets blanc vieillis se marient très bien avec la teinte du Koa. Sans tomber dans un délire décoratif, les finitions sont plutôt soignées, on se doute que les décorations des martins 5K ont inspiré ce Nohea.

Détail des éclisses où le vernis réfléchit bien les filets, offrant des jeux de formes très agréables.

L’étiquette similaire aux autres étiquettes de cette série de ukulélés. Ici la couleur plus chaude et plus claire du bois et le vernis plus lumineux la mettent mieux en valeur.

Détail de l’intérieur de la caisse où l’on peut constater que l’assemblage est très propre.

La touche de palissandre et ses dix-neuf cases.

Le manche en acajou est en deux pièces (comme sur le Pa’ina). Sa teinte quoique légèrement plus foncée s’accorde bien avec la caisse.

Et pour ce qu’on entend

Le placage nous faisait craindre un son plat, il n’en est rien : au déballage, le son du Nohea n’a pas à rougir face au Pa’ina, il est même plus chaud et offre plus de medium. Nuançons ce point en nous rappelant qu’il y a peu de chances que le son du bois plaqué évolue dans le temps, alors que l’acajou devrait à force de jeu offrir des améliorations de sonorité (même si c’est plus long et moins flagrant que de l’épicea par exemple).

Le confort de jeu est similaire au Pa’ina, avec une moins bonne action (un peu haute dans les aiguës). Évidemment l’action sera sûrement variable d’un exemplaire à l’autre du même modèle.

Mise à part cette action, le réglage est soigné, juste sur toutes les cases, et jouable immédiatement.

Conclusion sur le Nohea

Entre 200$ et 245€, voilà un instrument fort tentant, pour le débutant comme pour le ukuléliste qui voudrait esayer un premier ténor. L’aspect rutilant donne envie de le jouer et ne manquera pas d’attirer l’attention.

On regrette quand même un peu de n’avoir pas un peu plus de puissance et de volume dans cette grande caisse, puisque sur ce point cet instrument ne se démarque pas vraiment de l’offre concurrente dans la gamme de prix – ceci étant quand même à modérer puisque le choix des cordes GHS n’est pas forcément le plus approprié, mais dans la logique de cette offre (un ukulélé de marque connue à petit prix), le choix d’une marque de cordes connue des guitaristes électrique parait cohérent (sans pour autant être judicieux).

Pour conclure

Cette première série de ukulélés par Fender n’entend clairement pas (et ne peut pas) révolutionner le marché du ukulélé ; elle apporte néanmoins quelques points très positifs : des instruments bien réglés, jouables, accessibles aux débutants.

On reste quand même sur une petite attente insatisfaite, on ne sent pas d’innovation dans la construction – si il y en a elle n’a pas un impact assez important pour que ces instruments se démarquent de l’offre « made in Asia » concurrente.

Toutefois il s’agit pour Fender d’un premier jet, sans doute dans une section du marché plus sûre, qui permettra sans doute à la marque de se positionner sur le secteur du ukulélé.

Espérons que cette première gamme apportera de futurs développements, et que Fender reproduira sa démarche historique que nous rappelait Cyril LeFebvre plus haut, en consultant plus de ukulélistes pour avoir un objectif plus clair, plus démarqué et plus ambitieux.

Quelques remerciements aux personnes qui ont permis l’existence de cet article, à commencer par Jim Bryant, de Fender Acoustics et Lionel Girardon de Fender France pour le prêt des ukulélés et à Cyril LeFebvre pour ses indispensables conseils et observations.

3 pensées sur “Fender Ukulélés tenor”

  1. j’ai le premier prix hau’oli(139 euros)vernis satiné,bien fini,rosace abalone (imitation en plastique mais pas mal du tout!)un bon instrument juste très agréable à jouer!
    mon premier ténor pas un foudre de guerre mais je n’ai pas peur de le trimballer partout!
    juste les cordes que je vais changer pour des worth.
    jujuh

  2. j’ai le premier prix hau’oli(139 euros)vernis satiné,bien fini,rosace abalone (imitation en plastique mais pas mal du tout!)un bon instrument juste très agréable à jouer!
    mon premier ténor pas un foudre de guerre mais je n’ai pas peur de le trimballer partout!
    juste les cordes que je vais changer pour des worth.
    jujuh

  3. Ah la la, après que Bertrand a tant secoué les bébés fender, j’ai eu peur que dans un élan dédicataire à feu Michael Jackson il ne les exhibât à bout de bras par-dessus la fenêtre du 5e, en pature à la meute des paparazzi massés en contrebas.

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