Kitten on the Keys – Burlesque & Ukulele

20/01/2011
Par


Pour celles et ceux qui auraient malencontreusement raté les représentations au Théâtre de la Cité universitaire, ou qui aimeraient s’en régaler une fois encore, signalons que le NEW BURLESQUE CABARET, mise en scène Kitty Hartl et présentant MiMi le Meaux, Kitten On The Keys, Dirty Martini, Julie Atlas Muz, Evie Lovelle, Roky Roulette, s’installe du 21 au 25 janvier au CENTQUATRE,104, rue d’Aubervilliers – 5 rue Curial à Paris XIXe.

Kitten donnera également une performance lors de la soirée Pin Up O’Rama, le 26 Janvier à l’Alcazar, 62, Rue Mazarine à Paris VIe.

À la faveur de toutes ces manifestations, article :
EXOTICA BURLESQUE
et rencontre :
KITTEN ON THE KEYS :
INTERVIEW EXCLUSIVE

EXOTICA BURLESQUE

Impossible d’imaginer un spectacle de strip-tease New Burlesque où n’apparaîtrait, ne serait-ce que le temps d’un seul tableau, la fascinante autant que scintillante hula girl ondulant sa jupette de paille en celluloïd rose aux accords de la guitare hawaiienne et de l’ukulélé avant de soudain s’effeuiller fiévreusement jusqu’à l’avant-dernier pétiole sitôt que les voix sauvages entonnent le Chant de guerre hawaiien dans un formidable martèlement de grands tambours pahu.
À Paris cet hiver, le New Burlesque Cabaret présente la blonde MiMi Le Meaux en parfaite incarnation de cette hula girl frétillant la upa upa au son du Hawaiian War Chant version Walt Disney’s Enchanted Tiki Room.


Au Tiki Oasis 2010 de San Diego l’été dernier, MiMi partageait l’affiche avec d’autres « Birds in Paradise » nommées Naneki, Monika the Tiki Goddess, Violetta Beretta,Tana the Tatooed Lady, Michele Del Ray, Mynx D’Meanor, Dixie Von Trixie, Lady Borgia ou encore Kitten On The Keys et son ukulélé.

Car le petit instrument constitue un élément souvent essentiel de ces performances exotiques. Placé aux endroits stratégiques, il les dérobe ou les découvre aux regards, remplace les pasties collées au bout des seins, retient la grass skirt lorsqu’elle se dénoue, et bien sûr participe grandement de l’atmosphère musicale.
Certaines artistes en font un usage sophistiqué, telle, au Moonglow Cabaret de Beijing, l’ukuléliste française Rita von Uke – dont nous aurons prochainement l’occasion de reparler ici plus longuement.

Le moderne New Burlesque ravive ainsi l’image rêvée de l’accueillante vahiné au teint clair en son paradis de la grande mer du Sud qu’ont depuis plus de deux siècles relayé tour à tour les gravures d’après Webber ou Arago pour les Voyages autour du monde, les cartes postales pseudo-ethno de la série « Scènes et types » selon les clichés en studio de Mme Hoare à Papeete, de Williams à Honolulu, l’opérette à grand spectacle, du Bird Of Paradise de Richard Tully aux productions de Francis Lopez, le cinéma hollywoodien, le Surréalisme, le music hall dans ses attractions de style Kanui & Lula, puis le strip tease des années 1950 … Paris doit son premier strip tease à une Polynésienne, Miss Fortunia – c’était au son des banjos, sur la scène du Crazy Horse d’Alain Bernardin, en 1951. À la même époque, ses consœurs des night clubs de Waikiki qui présentaient le même genre de numéro ne faisaient que perpétuer un art déjà vivace au temps des premiers débits de rhum installés pour les baleiniers, traders et beachcombers sur les plages de Lahaina ou autres relâches du Pacifique.

On peut même faire remonter cette pratique culturelle jusqu’aux temps les plus anciens et déclarer le strip tease invention des peuples d’Océanie. Il suffit pour s’en convaincre de relire les récits des premiers voyageurs, ou ceux des missionnaires qui réussirent à imposer l’interdiction des hula hula, upa upa et autres « danses lascives prétextes à d’indescriptibles orgies et bacchanales ».

Quoique fort empreint de pruderie protestante, le journal du Hollandais Abel Tasman ne laisse aucun doute sur la nature du spectacle qu’offrirent les deux géantes venues à bord lorsque ses navires mouillèrent devant les côtes de Tonga en 1642, établissant ainsi l’un des premiers contacts entre Occidentaux et peuples de Polynésie (le précédent avait eu lieu quelques semaines auparavant dans une baie de Nouvelle-Zélande et tourné au massacre de quelques marins bataves).
Il revient pourtant à Louis-Antoine de Bougainville de nous avoir laissé, plus d’un siècle après Tasman, la première description précise d’une telle performance, et du succès qu’elle remporta auprès des équipages, lors de l’arrivée à Tahiti le 6 avril 1768 :
« Malgré toutes les précautions que nous pûmes prendre, il entra à bord une jeune fille, qui vint sur le gaillard d’arrière se placer à une des écoutilles qui sont au-dessus du cabestan; cette écoutille était ouverte pour donner de l’air à ceux qui viraient. La jeune fille laissa tomber négligemment un pagne qui la couvrait, et parut aux yeux de tous telle que Vénus se fit voir au berger phrygien : elle en avait la forme céleste. Matelots et soldats s’empressaient pour parvenir à l’écoutille, et jamais cabestan ne fut viré avec une pareille activité ».
La flûte nasale et les percussions fournissaient alors l’accompagnement musical.

À la suite de Monsieur de Bougainville, de nombreux voyageurs et résidents ont laissé le témoignage de strip teases beaucoup plus élaborés, comme ceux qui clôturaient les spectacles upaupa des arioi. Le père O’Reilly condescend à préciser que « (les danses) se terminent parfois avec des artistes ayant abandonné tout costume et mimant des scènes érotiques ». Cook et Moerenhout décrivent aussi les danses provocatrices exécutées lors de la cérémonie de remise aux chefs des tapa, ces étoffes d’écorce martelée que l’on offrait en très grand métrage enroulées autour d’une danseuse. Le chef, ou la cheffesse, tient une extrémité du tapa, la danseuse tourne, tourne, jusqu’à apparaître nue et continuer ainsi ses grâcieuses évolutions. Inutile de dire que les missionnaires s’empressèrent d’inscrire upa upa et danse du tapa parmi les interdits absolus du premier code Pomaré de 1819. Malgré une sévère répression, elles continuèrent néanmoins de se pratiquer secrètement. La jeune Aimata, devenue reine Pomaré IV, profita même de son couronnement pour remettre à l’honneur, au grand dam des missionnaires, ces « danses obscènes et dévoilements de jeunes filles enveloppées dans des tapa ». On finit par lui faire entendre raison. Ou presque, puisque les missionnaires ne cessèrent de lui reprocher ses danses clandestines. Piquée par leurs rappels à l’ordre, elle répondit en organisant une upa upa monstre à Moorea. Selon le père O’Reilly : « inventant, à son insu, la danse des bayadères. Elle avait en effet distribué pour l’occasion à ses compagnes des dentelles transparentes que ces mêmes Révérends lui avaient offertes pour décorer la case royale ». L’art et son costume avaient su évoluer au contact de la civilisation.
Le 8 mai 1823, lors des fêtes anniversaires célébrant à la fois le décès de Kamehameha I et l’accession au trône de son fils Liholiho, Kamehameha II, les cinq épouses du roi paradèrent dans les rues d’Honolulu en grande toilette à l’occidentale, chacune juchée sur une pirogue que portent à l’épaule 70 hommes. À un carrefour où les badauds se pressent en nombre, l’une des reines, la jeune Queen Kalani Pauahi, 18 ans, fait soudain stopper le cortège, descend de son équipage, et tout en dansant la hula se prend à brûler ses vêtements un à un, jusqu’à ne conserver qu’un minuscule mouchoir de dentelle en guise de cache-sexe. Sa suite et les porteurs l’ont imitée, et tous se livrent à une chorégraphie entièrement dénudée sous les acclamations de la foule en délire. Les missionnaires américains interviennent et finiront par obtenir l’interdiction des danses, ou du moins leur taxation.

Bien des années plus tard, la Renaissance culturelle qu’initia le roi Kalakaua permit la restauration de la hula sous une forme plus convenable – et accompagnée d’ukulélés – dans laquelle s’imposa d’abord la jupette de raphia importée des îles Gilbert, plus tard remplacée par celle en feuilles de ti quand vint l’heure d’une réinvention de l’authenticité. Des tenues que l’on n’ôte plus que rarement en public.

Mais le feu couve encore sous la braise et, aux antipodes géographiques du New Burlesque, l’effeuillage ancestral reste aujourd’hui encore fort apprécié dans le Pacifique, notamment lors de certaines manifestations à caractère hautement traditionaliste, comme le concours annuel des fakaledi de Miss Galaxy au royaume de Tonga.
CL

KITTEN INTERVIEW

– Quoique tu apparaisses aussi sur scène devant le piano ou derrière l’accordéon, l’ukulélé reste un élément essentiel de tes performances new burlesque, et non comme simple accessoire exotique : tu en joues vraiment, et depuis longtemps. C’était ton premier instrument de musique ?
– Non, j’ai commencé par tapoter sur le piano familial pour essayer de reproduire les chansons que Shirley Temple interprétait dans les émissions de télé. Je faisais ça toute seule, d’oreille, sans professeur, chose bizarre puisque mon père était musicien professionnel et donnait des cours l’après-midi, avant de partir le soir diriger et tenir la batterie de son Oz Ramsey’s Bay Area Big Band, un grand orchestre de jazz swing très célèbre en Californie. Papa est décédé récemment, mais l’orchestre continue toujours de se produire ( »Kitten On The Keys est le nom de scène de Suzanne Ramsey, ndlr »). J’ai toujours refusé qu’il me donne la moindre leçon de musique, ou de solfège, et si la maison était encombrée de batteries, percussions, guitares et toutes sortes d’instruments, on n’y trouvait aucun ukulélé.

Bill Tapia a fait partie de l’orchestre de ton père, non ?
– Oui, mais Bill jouait seulement la guitare à cette période. Il habitait Walnut Creek, comme nous, et venait en voisin, ou répéter, ou même donner des cours de guitare à mon frère. Quelqu’un m’a dit alors que Bill avait été le professeur de Shirley Temple, ce qui a bien sûr immédiatement déclenché ma grande admiration pour lui. Et puis, un vrai gentleman, pétillant, séducteur, toujours tiré à quatre épingles. C’était mon idole ! Et encore ! je ne m’imaginais même pas qu’en plus de tout cela il jouait également l’ukulélé !

– Comment as-tu donc découvert l’instrument ?
– Plus tard, en devenant pianiste d’un orchestre voué aux chansons et musiques des Twenties. Les bars et les salles où l’on se produisait ne proposaient le plus souvent que de vieilles casseroles désaccordées aux touches coincées. Et pas question de trimballer son propre piano. Un soir où le bastringue était particulièrement catastrophique, un musicien du band a suggéré de le remplacer définitivement par un ukulélé, ce qui collait parfaitement au répertoire. Il m’a offert le sien, fabriqué à Hawaii dans les années 1950, en monkey pod selon lui. Pas un modèle vraiment extraordinaire, sans marque – je l’appelle « Monkey Paw » -, mais le coup de foudre a été instantané. J’ai tout de suite appris Crazy Words, Crazy Tune. Et je pouvais enfin arriver sur scène avec mon propre instrument, sans aucun problème de transport. Juste un tout petit étui qui se glisse partout. La liberté ! Cela m’a décidée à acheter des partitions anciennes, par dizaines, par centaines, une énorme collection aujourd’hui, et pour les déchiffrer, je me suis mise au solfège, à la théorie, aux cycles de quintes… en somme, ce qui, petite, me rebutait, devenait un plaisir avec l’ukulélé.

– Ton intérêt pour le burlesque date de la même époque ?
– L’un et l’autre se sont conjugués de manière naturelle : les partitions des décennies 1920-1930 avec leurs diagrammes de uke m’ont fait découvrir le répertoire hawaiien et exotique au moment où s’éveillait le renouveau New Burlesque. En 2002, on a monté le Burlesque Orchestra, neuf musiciens, je chantais Ukulele Lady et Princess Pupule (Has Plenty Papayas) en m’accompagnant à l’ukulélé, vêtue de grass skirt en cellulo et leis de fleurs en papier, la panoplie complète. Il faut dire que l’ukulélé a exactement la dimension d’un soutien-gorge, se place au même endroit, et comme lui, permet de cacher juste ce qu’il faut. C’est un instrument très sexy, parfait pour le strip burlesque aussi bien que pour la musique hawaiienne hapa haole. En son honneur, j’ai même confectionné des ukulele nipple pasties, des ukulélés en miniature qui s’appliquent sur chaque pointe de sein.
Au même temps, je suivais les cours d’ukulélé gratuits que prodiguait la communauté hawaiienne de la Bay et j’allais chaque année à son Ukulele Festival de Hayward. C’est là que plus tard j’ai retrouvé Bill Tapia, toujours pétillant, séducteur, tiré à quatre épingles, et maintenant virtuose de l’ukulélé !
Le répertoire hawaiien me fascine, mais ce qui me plaît par-dessus tout, c’est ce même exotisme revisité par Disney ou par Hollywood. Le modèle reste pour moi le film Honolulu avec Eleanor Powell et Gracie Allen : humour, ukulélé et hula en claquettes – même si, à l’opposé, j’ai été jusqu’à camper une hula girl tragique, colliers et diadèmes de fleurs noires, jupette de paille noire, ukulélé noir… un négatif du cliché habituel. Un peu trop déstabilisant pour le public, le costume n’a servi qu’une seule fois, dans le fin fond du Colorado !

– Le New Burlesque bouscule les codes de la danse traditionnelle comme ceux du strip tease burlesque tout en gardant beaucoup de respect envers ces genres et les artistes qui les ont illustrés.
– Oh oui ! je suis très fière par exemple d’avoir participé en 2005 à un show de Don Ho organisé par Barracuda Magazine au Key Club sur Sunset Boulevard à Hollywood, et la même année, d’avoir chanté Runnin’ Wild au Exotic World – Burlesque Museum de Las Vegas en présence de « Grandma » Dixie Evans, « The Marilyn Monroe of Burlesque ». D’ailleurs, on prépare avec Mi Mi Le Meaux un hommage à Marilyn qui sera, je l’espère, au programme du prochain spectacle.

– Donc, un peu plus d’ukulélé dans le futur New Burlesque Cabaret. As-tu déjà le modèle blanc indispensable à un hommage à Marilyn ?
– Pas encore ! Je n’ai pas de vraie collection, juste mon ukulélé (Makala) « rose cochonne » acheté à Brighton, un Mahalo Flying V noir électrique, le vieux « Monkey Paw » de mes débuts, un Ovation tenor et bien sûr le magnifique Pohaku custom tenor que m’a fabriqué Peter Hurney de Berkeley. Peter est aussi sculpteur, il écrit, anime des émissions de radio, un véritable artiste. Ses ukulélés custom pour Uni, Ami Worthen, Tippy Canoe, Craig Robertson ou Bill Tapia sont absolument incroyables. Je suis si heureuse d’en avoir un aussi, la touche incrustée à mon nom en lettres de nacre.
Je n’ai pas d’enfants. À la place, j’ai des ukulélés. Celui que m’a fait Peter ne me quitte jamais, c’est mon préféré.

Quant au spectacle actuel, c’est vrai que l’ukulélé n’y tient pas une grande place, en dehors du duo The Carla Bruni Project avec Ulysse (Klotz) que l’on avait inclus à un moment. Mais le show a été monté comme un prolongement du Tournée de Mathieu Amalric. Ce film a été une chance extraordinaire. Le festival de Cannes, les récompenses, l’escalier, le tapis rouge, les médias … il fallait que le public puisse enfin nous voir jouer à Paris, en vrai, alors qu’à l’écran, nous n’arrivons jamais jusqu’à la capitale. Mais comme dans le film, l’ukulélé ne sort pas beaucoup de son étui. Pourtant, j’ai joué tous les jours, pendant tout le temps du tournage. Scénario oblige, l’ukulélé est devenu au montage un personnage aussi important que mystérieux, caché dans sa boîte. Depuis, je l’ai joué à la radio, à la télé, aussitôt que l’occasion se présentait (Le Grand Journal du 19/01/2011 sur Canal par exemple, mais la vidéo n’est plus en ligne. ndlr).
Et il prendra sa revanche pour revenir bientôt au grand jour ! De Los Angeles à Vegas, à Hong Kong, à Cannes, à Paris, bientôt à Helsinki, il ne me quitte jamais.

– Quels sont les projets ?
– D’abord musicaux. Je viens de faire des voix à Paris pour Fred Avril et j’enchaîne sur un nouveau CD Kitten On The Keys où l’on entendra beaucoup l’ukulélé, c’est promis. Aussitôt de retour en Californie, il y aura aussi cet hommage au Captain Beefheart. Le groupe ne s’appellera peut-être pas Kitten Beefheart comme cela a été suggéré, mais il jouera uniquement les compositions du Captain. Puis les nouveaux spectacles à venir du New Burlesque Cabaret. Et pourquoi pas un Kitten On The Keys Show ? Un grand délire d’ukulélés pailletés et de grass skirts en cellulo ! Oui, oui, c’est réellement sur la liste des projets.

Interview CL pour ukulele.fr
18/01/2010

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4 Responses to Kitten on the Keys – Burlesque & Ukulele

  1. Dorothée Le 21/01/2011 à 12:16

    La classe !
    Je vais les voir dimanche au 104.
    Et j’ai très hâte…

  2. wromble Le 21/01/2011 à 15:26

    Cyril! quel travail!! L’article de fond d’abord, puis l’interview… merci!

  3. Dorothée Le 24/01/2011 à 09:20

    Waouh, quel spectacle, c’était extra ! J’ai même eu le plaisir d’échanger 2 mots avec Kitten à la fin du show et de la féliciter pour son mémorable My Girl’s pussy. Bravo bravo les girls !

  4. Dorothée Le 24/01/2011 à 09:20

    Waouh, quel spectacle, c’était extra ! J’ai même eu le plaisir d’échanger 2 mots avec Kitten à la fin du show et de la féliciter pour son mémorable My Girl’s pussy. Bravo bravo les girls !

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