Ohana CK-28 rétro mais pas trop

07/01/2014
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Ohana CK-28 vue d'ensemble
Ohana commence à avoir quelques années d’expérience dans la production d’ukulélés, et c’est une marque chez qui on a pu noter une certaine régularité dans la qualité – et le bon rapport qualité/prix – depuis aussi longtemps.

Le modèle mis sur le grill aujourd’hui – grâce à Ohana qui a eu la bonne idée de s’affairer pour qu’on puisse le tester sur pièce – est le CK-28.

Ohana CK-28 ensemble dans la boîte

Le séduisant petit animal se prévaut de caractéristiques assez classique aujourd’hui pour ce qu’on attend d’un bon ukulélé : une caisse (table, fond et éclisses) en acajou massif, touche et chevalet en palissandre. Ajoutés à ça des détails esthétiques : une pléthore de filets au motif « rope » sur la caisse côté pile et côté face,
Ohana CK-28 filets caisse et bouche
mais aussi autour de la rosace et sur la touche jusqu’au sommet de la tête.
Ohana CK-28 filet tête et touche
Du coup la marque ne s’affiche pas en gros sur la tête mais est discrètement reléguée à l’arrière, ce qui nous donne l’occasion de jeter un oeil sur les clefs, qui s’avèrent comme indiqué plus haut bien être des Gotoh à friction, qui font leur boulot très correctement.
Ohana CK-28 dos tête

Il est monté d’origine avec les inévitables cordes Aquila Nylgut – ce qui donne envie de l’entendre sonner avec autre chose, même si sur cet instrument elles sont loin d’être inintéressantes.

Regardons de plus près le chevalet en palissandre, avec ses pattes larges, et un système d’accroche façon guitare classique (ici avec des cordes montées très correctement).

Ohana CK-28 chevalet

En dehors de ça la bête avance du haut de ses 62 cm de long environ, pour un diapason de 38,5cm, et un poids pas excessif de 425 grammes.

Ohana CK-28 diapasonOhana CK-28 longueur totale

Revoici donc Ohana avec une idée qui nous a d’abord fait un peu tiquer, puis a excité notre curiosité : l’enjeu de ce CK-28 était de rendre hommage aux premiers luthiers d’ukulélé (et en premier lieu à Augusto Dias). Ce ne sont pas les premiers à se lancer dans cet philosophie du retour aux sources : il y a plusieurs années Mike Da Silva avait glorieusement lancé la mode de répliques d’anciens avec ses très belles copies de Santo et de Dias, suivis par de nombreux luthiers plus ou moins prestigieux ou talentueux (hélas comme ils ont oublié de nous prêter des exemplaire à tester hé ben on ne les a pas testés).
L’angle d’attaque d’Ohana – tel que raconté par le boss de la boîte Louis Wu – est assez différent et c’est pour cela qu’il nous a interpellé : vu la gamme de produits non pas haut de gamme mais bien populaire qu’ils sortent de leurs atelier, ils ont choisi d’étudier certains aspects de ces vieux instruments pour y puiser de l’inspiration plus que pour les reproduire. Du coup on se retrouve avec quelque chose d’hybride, où l’inspiration pour ce que l’on peut en détecter à vue d’oeil est essentiellement esthétique.
Mais – et c’est le point souligné de façon récurrente dans la vidéo ci-dessus – l’intérêt c’est que dans cette prise de liberté, Ohana a sorti un instrument « dans le style old-school » avec un diapason inattendu et… carrément agréable à jouer !
Sur cette vue d’ensemble on peut noter quelques points particuliers qui font d’autres spécificité de cet instrument.
Ohana CK-28 face profil dos
Ici la touche s’arrête à la jonction manche/caisse comme sur les ukulélés anciens, mais comme on a un diapason concert et pas une simple copie homothétique du soprano, on y trouve deux cases supplémentaires, donc quatorze cases hors caisse (et quatorze cases au total) – on peut s’en réjouir, d’autant qu’un repère à la douzième case permet de ne pas se perdre lorsqu’on vient d’un autre instrument. C’est aussi un argument pour ceux qui auraient une utilisation plus professionnelle de l’instrument – évidemment on voudrait toujours plus de cases, ici les quatorze se justifient toutefois et permettent de repérer facilement les harmoniques artificielles. Un petit détail un peu gênant sur cette touche, c’est le manque de contraste entre le filet rapporté et la touche elle-même, ce qui rend les repères légèrement difficile à voir quand on n’y est pas encore habitué.
La touche est rapportée mais arrive à ras de la caisse, ce qui permet de ne jamais s’y accrocher, qu’on strumme sauvagement ou qu’on pique lestement les cordes.

L’action est du coup relativement haute, ce que regretteront ceux qui aiment les actions bien basses et plus « rapides » mais ici elle joue sûrement sur la puissance de l’instrument, car ce concert a une belle projection et une belle amplitude. La hauteur de l’action ne pose pas de problème de justesse mais demande une certaine précision dans la tenue des notes, ce qui est loin d’être un défaut puisque cela permet de faire des vibratos très expressifs.

Une autre qualité que je retiens particulièrement de cet instrument c’est l’équilibre entre les notes à vide et les notes frettées, étonnament comparables en terme de volume et de sustain.

En gros j’y trouve des qualités de confort comme sur un soprano et des qualités sonores et d’expressivité de ténor, ce qui me réconcilie – à mon grand étonnement – avec le diapason concert.

Le prix du CK-28 est annoncé chez Ohana à 469 $ au 7 janvier 2014, mais on le trouve chez les distributeurs sur le net à des tarifs beaucoup plus intéressants à partir de 265 $, donc vraisemblablement pour moins de 300€ chez les distributeurs français – pas du tarif d’entrée de gamme mais un très bon rapport qualité/prix tout de même.

Pour terminer, voici la traduction du texte qu’Ohana nous a envoyé pour décrire ce modèle :
Quand nous avons pensé pour la première fois à ressortir un ukulélé « Dias/Santos/Nunes » il y a quelques années, l’idée était de proposer une réplique qui soit aussi proche que possible de l’aspect et du son de ces instruments. Pour ce qui est de l’aspect, nous voulions garder notre ukulélé aussi simple que l’original, avec le motif de « corde » typique des filets de la caisse, la rosace de la bouche et les incrustations de marqueterie qui étaient utilisée dans les premiers temps de la fabrication d’ukulélés. Dans la version que nous avons sortie, les filets de la touche s’étendent tout le long jusqu’au bout de la tête, comme on le voit dans beaucoup de modèles de Dias. Un détail pour lequel nous avions dévié de l’original, c’est la tête arrondie. Nous avons aussi décidé de dévier en innovant, c’est à dire de faire une autre réplique du soprano en diapason concert. C’est probablement la chose la moins conforme à l’original, nous avons décidé de le faire néanmoins en espérant que la communauté des ukulélistes se réjouirait du confort de la taille concert sur cet instrument original.Toutefois, les points sur lesquels nous étions tout particulièrement concentrés étaient la forme du corps et sa taille, car ils sont les éléments principaux qui définissent la tonalité et le son de l’instrument sur lesquels nous pouvions jouer. Il était évident que reproduire le son d’un instrument ancien qui avait été fabriqué plus de 130 ans auparavant ne serait pas chose aisée, mais respecter au mieux les dimensions, la construction et les matériaux était la meilleure approche possible pour faire cette réplique. L’original avait une forme de caisse unique, avec une taille bien cintrée en comparaison des épaules et du bas de la caisse. C’est cette forme de corps et sa profondeur sur lesquelles nous entendions nous appliquer dans la réplique, afin que le volume interne de la caisse soit très fidèle au modèle. Les essences de bois et leurs caractéristiques changent au long du temps, et il aurait quasiment impossible de reproduire exactement le son original que cet ukulélé eut en ses premières heures. Cependant toutes les répliques (oui, j’utilise ce terme un peu librement, car ce n’est pas un clone exact de l’original qui a été essayé ici) nous rappelle la riche histoire des premiers luthiers d’ukulélés et de l’instrument qu’ils nous ont légué en héritage.L’autre paramètres sur lequel nous tenions à être pointu, c’était de faire un instrument abordable. Beaucoup d’instrument sont basés sur la production en série chez Ohana. Toutefois, comme avec nos autres modèles en édition limitée, nous avons mis un soin encore plus particulier que d’habitude sur les détails de la production et sur la sélection des matériaux. Pour conserver une cohérence et une stabilité du son, nous avons décidé d’utiliser de l’acajou massif de qualité supérieure pour la fabrication de la table, du dos et des éclisses. Nous avons aussi pris la décision de conserver une touche de douze cases, afin qu’elle se termine sur la jonction à la caisse. Les clefs Gotoh ont été sélecltionné pour leur qualité et leur faible poids.Il a fallu à Ohana plus de deux ans et de nombreuses itérations (différents prototypes) pour faire le chemin depuis l’état de concept au produit fini de cette réédition. Les leçons que nous avons retenues de ce parcours nous ont appris beaucoup sur comment fabriquer un instrument qui ait un son d’exception, en conservant la plupart des – voire tous – les détails historiques de l’instrument original. La qualité et la jouabilité sont deux autres paramètres sur lesquels nous sommes constamment à l’affût, comme pour le reste de notre production. Pour la jouabilité nous voulions nous assirer que l’instrument soit léger et bien équilibré, avec une justesse parfaite et en conservant le confort de jeu du grave à l’aigu.La plus grande récompense en reinterprétant cet instrument historique était de rendre hommage aux premiers luthiers d’ukulélé – Augusto Dias, Manuel Nunes et Jose de Espirito Sante. Sans leurs efforts et leur persévérance, nous n’aurions pas hérité de la riche histoire de l’ukulélé et surtout pas de cet instrument qui est si largement joué et accepté aujourd’hui.
Et quelques compléments en réponse aux questions que nous avions envoyées :
En ces temps les fabricants n’avaient certes pas accès aux outils modernes dont nous disposons, c’est donc de la simplicité de leurs méthodes de fabrications que nous pouvons apprendre en premier lieu. Je suis persuadé que leur objectif premier était de prendre la juste durée de temps et les étapes les plus exactes pour terminer chacun des instruments qu’ils construisaient, et je suis tout aussi certain que dans ce processus ils essayaient de construire le meilleur instrument. Ainsi, c’est la simplicité, le talent de l’artisan et le son de l’instrument qui me semble être ce vers quoi nous devons nous focaliser simultanément comme ces grands premiers luthiers.

Je crois également que grâce à la disponibilité des outils modernes, nous pouvons expérimenter et multiplier les variations des prototypes plus facilement et plus rapidement ; ce faisant nous pouvons donc mieux expérimenter les combinaisons d’essences, de dimensions et de structures qui donneront le meilleur résultat.

Merci à Louis Wu et Heather Youmans de Ohana !

6 Responses to Ohana CK-28 rétro mais pas trop

  1. Robin Le 21/01/2014 à 23:25

    Magnifique Ukulele avec un prix abordable. Est-il livré avec housse ?

  2. karl Le 07/02/2014 à 10:34

    Je veux bien croire que c’est une ukulélé magnifique à un prix correct, que Ohana dit qu’elle est inspirée par les modèles de Dias (ou Santo) est vraiement un pont trop loin pour moi:
    – format concert (n’introduit qu’en 1926),
    – tête platte et courronée au lieu de forme sablier (introduit par Kumalae en 1907, puis adopté pas Nunes, jamais par Dias),
    – pont de guitare classique à ailes (hu?)
    – les méchaniques, bien sûr
    – ‘cul’ beaucoup plus grand au lieu d’un 8 plus symmétrique, touche séparée, talon joint (tout plutot ‘mainland’ au lieu d »island’)
    En fait, la seul chose rétro est le filet de corde et peut-être la manque de touche au dessus de le 12e caisse. Je ne crois pas que le volume interieure est comparable à un instrument historique, ni que les extras non-historiques sont tous en fonction de jouabilité (une touche ou pas, ça ne joue pas si différent, mais cela change rien pour le jeu mais beaucoup pour la façon de production).

    Ce qui n’empêche pas que ce soit une ukulélé très belle et très correcte bien sûr…

  3. Bertrand Le 19/02/2014 à 16:47

    C’est marrant Karl, parce que c’est précisément ce pourquoi je l’ai bien aimé : on se doute qu’Ohana ne peut pas faire une réplique ou que ça fera faux, alors ils ont pris le parti de citer l’original en modifiant leur standard en fonction de ça, et ça donne ce truc plutôt choucard à la fin.
    Ce que tu reproches en premier c’est ce que j’ai trouvé bien en premier : le format, et que ça dévie de l’origine ils l’assument parfaitement et avec plutôt du succès.
    Là où je te rejoins un peu c’est sur la forme, finalement un truc plus serré sur toute la caisse aurait eu de la gueule, mais du son ? Une allure de guitare parlour un peu allongé c’est vrai que ce serait plaisant.

  4. Bertrand Le 19/02/2014 à 16:48

    @Robin : Je ne sais pas ! sans doute avec une caisse Ohana, mais il vaut mieux voir au cas par cas avec les différents revendeurs.

  5. benji Le 26/02/2014 à 23:36

    Il est juste magnifique, le genre d’instrument que j’aimerais trituré dans tout les sens pendant des heures ^^

  6. Philippe Le 02/03/2014 à 21:44

    J ai recemment commandé sur Ebay ce Ukulele qui tient toutes les promesses annoncées..je voudrais , ici, juste prevenir les futurs acheteurs qu’il faudra rajouter 41 € de frais de douanes au prix global (j ai payé le mien 230 €..donc…271 € au total) merci messieurs les douabiers..vous aviez peur que ce soit de la drogue???lol

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