À la faveur de la rentrée, la playlist de Radio-Ukulele.fr (à droite sur cette même page) s’étoffe de sept titres où l’ukulélé est à l’honneur, dont une partie glanée à Tahiti et réunie ici comme un collier de coquillages rapporté des vacances.


Sweet Leilani Cliff Edwards
Sweet Georgia BrownJim & Bob, The Genial Hawaiians
Dear Old Sunny South By The SeaJimmie Rodgers
Je n’ai pas de guitareTamarii Punaruu
Mama e tairi ia aiu Ensemble Tauhiti Faimono
Hitiaa soloTilda Saminadam
Manu rereCharles Mauu

Détails sur ces musiques et leurs artistes dans l’article ci-dessous (ouvrez une nouvelle fenêtre pour continuer d’écouter).

Sweet LeilaniCliff Edwards

Dès la fin des années 1930, Ukelele Ike aka Cliff Edwards a presque cessé de faire le mirliton avec la bouche et autres pitreries blackface qui lui ont valu une gloire immense pendant toute la décennie précédente. Il a troqué son Martin soprano contre un ténor et opté pour un crooning melliflue. Ces choix le conduisent à une seconde carrière dont l’apogée se situe en 1940-1941, lorsqu’il prête voix à quelques représentants de la gent animale costumée chez Walt Disney : Jiminy Cricket stridulant When You Wish Upon a Star dans « Pinocchio », puis Jim Crow croassant When I See an Elephant Fly dans « Dumbo ». Nul autre à cette époque n’était mieux à même de charmer nos tout-petits en leur susurrant la berceuse que le chef d’orchestre Harry Owens avait composée le 20 octobre 1934, au lendemain de la naissance de sa fille Leilani à l’hôpital Kapiolani d’Honolulu. Alors en pleine période hawaiiana, Bing Crosby aima Sweet Leilani dès qu’il l’entendit jouée au Royal Hawaiian Hotel et fut le premier à l’enregistrer en 1935. Il parvint à l’imposer encore dans le film « Waikiki Wedding » de 1937 et la petite berceuse devenue sérénade décrocha ainsi l’Oscar de la meilleure chanson 1938. Plus grand succès mondial du répertoire hapa haole hawaiien, ses innombrables et célèbres versions ne se comptent plus depuis. Moins connue, celle de Cliff Edwards reste pourtant une des seules qui préservent son utilité première : consoler à coup sûr le marmot dans sa bercelonnette.


Sweet Georgia BrownJim & Bob, The Genial Hawaiians

On connaît surtout Bob Pauole (1906-1952) grâce aux onze extraordinaires titres qu’il grava à la guitare hawaiienne le 12 décembre 1933 dans les studios Bluebird de Chicago, accompagné de Jim Holstein à la guitare. Pour clore en beauté cette journée d’enregistrements mémorable, seule trace sonore de la virtuosité des deux compères parvenue jusqu’à nous, Bob empoigna son ukulélé et joua avec Jim, Sweet Georgia Brown. L’horloge eût-elle tinté deux minutes plus tôt aux oreilles de l’ingénieur du son l’heure de la pause syndicale et nous n’aurions jamais rien su de l’ukulélé dont Bob gratifiait quotidiennement les auditeurs des stations de radio WENR puis WBBM entre 1928 et 1934, sinon ce qu’en disait en novembre 1929 un journaliste de la Sterling Gazette après un concert : « … his ukulele souding like an entire jazz orchestra is one of the hits of the show ».
(Disque 78t de la collection Les Cook qui figurera dans le CD Jim & Bob, The Genial Hawaiians à paraître bientôt sur Grass Skirt Records.)


Dear Old Sunny South By The SeaJimmie Rodgers

James Charles « Jimmie » Rodgers (1897-1933) débuta sa carrière musicale en 1925 dans la minstrelsy blackface-yellowface d’une troupe pseudo-hawaiienne qui tournait dans les foires du Midwest. À ses premières chansons de cow boys et hoboes teintées au blues noir, il ajouta tout naturellement les envolées du yodel tyrolien accompagnées de guitares hawaiiennes, d’ukulélés, et inventa ainsi la country music moderne. Sur les 122 chansons qu’il grava entre 1927 et 1933, un quart (31 exactement) incluent une steel guitar, jouée par dix artistes différents, et l’ukulélé est présent sur nombre d’entre elles, parfois tenu par lui-même. Ainsi de Dear Old Sunny South By The Sea enregistré aux studios Victor de Camden, New Jersey, le 14 février 1928. Jimmie joue donc l’ukulélé, Julian R. Ninde la guitare d’accompagnement et Ellsworth Thomas Cozzens (1896-1966) a signé la chanson, se charge de la guitare hawaiienne en intro, la pose le temps d’un solo de mandoline puis la reprend pour conclure. Cozzens était l’oncle maternel de Mike Auldridge (Country Gentlemen, Seldom Scene …).


Quatre chansons tahitiennes sélectionnées par 8cordes aka Philippe Gemgembre :


Mama e tairi ia aiu Ensemble Tauhiti Faimono (avec Tihoni au chant)


De l’indiscutable influence de la country music sur la chanson polynésienne à travers les westerns projetés au Ciné Bambou de Papeete. Enregistrement d’Adolphe Sylvain, par ailleurs célèbre photographe de la vahiné tahitienne en noir et blanc à la même (Belle) époque, créateur en 1946 de Radio Papeete et du premier label discographique tahitien, Mareva.
Sur la chaîne 8cordes, une autre jolie chanson de l’Ensemble Tauhiti Faimono où se mêle aux chants, aux guitares, aux ukulélés, le mirliton.


Je n’ai pas de guitareTamarii Punaruu

« Les enfants de Punaruu » (comme on disait : « les gamins de Paris » ou maintenant les « djeunes », tel le « Trio Tautira Djeunes » à Tahiti) n’ont effectivement pas de guitare sur cette chanson, mais des ukulélés tahitien et hawaiien, un bongo et une basse punu (basse bidon). Album Punaauia Beach Plage enregistré à Papeete par Yves Roche sur Tamure Records.


Hitiaa soloTilda Saminadam

Tilda enregistrée au Hitiaa Ukulele Festival 2011. Images de sa prestation : ICI
L’ensemble des artistes présentés a été filmé par TNTV : ICI


Liens sur l’événement de cette année et des précédentes éditions dans le forum.


Manu rereCharles Mauu

Charles ou Charley Mauu (1918-1990) fut une vedette des studios hollywoodiens. Il apparaît dans de nombreux films et séries télé, de « Annie, reine du cirque », « Tarzan et la belle esclave », « Chanson païenne » (ces trois films en 1950) jusqu’à « Le passager clandestin » (1958), en passant par « Un Américain à Paris » (1951), « Bal à Bali » (1952), « Ma and Pa Kettle at Waikiki » (1955) et bien d’autres.
Il a aussi enregistré en Californie quelques chef-d’œuvres de musique exotica avec The Royal Polynesians, puis de la chanson tahitienne à Tahiti. Dans un film 16mm tourné par Gaston Guilbert qu’a restauré l’ICA, on peut le voir se balader vers la presqu’île en jouant du banjolélé, mais la pochette de l’album Tamure Tahiti enregistré sur Dot par le même Guilbert le présente : « Charles Mauu, His Coconut Uke and Roche’s Tahitians ».
La Poste polynésienne édita un timbre à son effigie.

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